Les déterminants de l’us et de l’abus des pesticides : Les enseignements à retirer du secteur viticole français

Geoffroy Enjolras.

La question du contrôle des pesticides et autres intrants chimiques dans l’agriculture revient périodiquement sur le devant de la scène en France et en Europe. Un rapport de 2009 indique que l’agriculture française se place au premier rang européen et au troisième rang mondial pour la consommation de produits phytosanitaires. La viticulture est particulièrement concernée. Elle concentre 14 % des dépenses totales en intrants chimiques sur seulement 4 % de la surface agricole utile du pays.

Les pesticides constituent un élément stratégique de la production viticole en protégeant le développement des cultures de nombreux risques. Leur action contribue à préserver le rendement de la production et par là-même le chiffre d’affaires de l’exploitation. Les pesticides présentent enfin l’avantage, par rapport aux produits d’assurance notamment, d’être peu coûteux et d’une utilisation flexible. Ils se sont ainsi imposés comme un outil de prédilection pour la gestion des risques phytosanitaires.

Pourtant, cette série d’avantages est largement contrebalancée par les externalités négatives que les pesticides génèrent : pollution des sols et de l’eau, mise en danger de la santé des agriculteurs, des riverains et des consommateurs. Pour ces raisons, la réduction des intrants chimiques est devenue une grande cause nationale depuis le Grenelle de l’Environnement en 2009 même si les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances pour le moment. Début 2015, un objectif ambitieux de réduction des pesticides de 25 % d’ici à 2020 et de 50 % à l’horizon 2025 est fixé.

C’est dans ce cadre institutionnel renouvelé que nous avons réalisé des travaux de recherche avec un double objectif : (1) Déterminer les facteurs qui amènent les viticulteur à utiliser des pesticides, voire même à surdoser leur application. (2) Dégager des pistes de politiques publiques permettant de respecter l’objectif de réduction des dépenses en produits phytosanitaires.

Ces contributions reposent sur une méthodologie originale qui mesure avec précision l’utilisation des pesticides. En particulier, nous mobilisons quatre bases de données : (1) le Réseau d’Information Comptable Agricole, (2) l’enquête sur les pratiques culturales en viticulture, (3) les doses règlementaires de pesticides autorisées et (4) des données météorologiques. Cet ensemble combiné d’informations autorise pour la première fois une analyse approfondie de plusieurs caractéristiques des exploitations viticoles en lien avec leurs pratiques culturales.

Nous mesurons la consommation à l’hectare de produits phytosanitaires sur 607 exploitations viticoles sur la période 2002-2007. Les consommations les plus importantes sont recensées dans des régions à „appellation de qualité“ : Aquitaine, Bourgogne et Alsace. Le surdosage est quant à lui mesuré sur un échantillon de 106 exploitations en 2007. Nous comparons les doses déclarées par les viticulteurs avec les seuils maximum autorisés par la réglementation. A partir de cette définition, notre étude a souligné qu’environ 45 % des exploitations viticoles surdosent leurs applications de pesticides et que 10 % le font de façon très marquée. Inversement, près de 55 % des exploitations ne surdosent jamais leur traitement.

Les résultats statistiques et économétriques montrent que les applications de pesticides sont corrélées négativement à la taille de l’exploitation. Cependant, un chiffre d’affaires et un profit élevés incitent à une utilisation intensive de produits phytosanitaires. Des cépages renommés génèrent en effet un résultat élevé qui est protégé par l’application de pesticides. De plus, un climat défavorable (par exemple, un écart de températures) conduit également à augmenter l’utilisation des pesticides, ce qui s’explique par la volonté de lutter contre l’apparition de maladies de la vigne. Un matériel d’aspersion ancien amène également à surdoser les applications phytosanitaires.

Il ressort enfin que les contrats d’assurance récolte agissent comme des substituts aux pesticides avec cependant une double asymétrie d’information : (1) la souscription d’une assurance récolte diminue le recours aux produits phytosanitaires, ce qui peut augmenter la survenance d’un péril et (2), les assurés qui utilisent le plus de pesticides sont également ceux qui reçoivent le plus d’indemnités, ce qui traduit là encore un attrait pour l’assurance et les pesticides par des agriculteurs à risque.

Ces résultats améliorent la connaissance des facteurs d’utilisation des pesticides. Ils tendent à démontrer que les contrats d’assurance récolte apparaissent d’autant plus comme une alternative que leur développement se renforce. Ils pourraient permettre de compenser les pertes potentielles de revenus agricoles liées à de nouvelles pratiques, plus respectueuses de l’environnement. De plus, l’utilisation d’un matériel moderne d’aspersion des pesticides est également une source d’un meilleur dosage de leur application. Ces différentes pistes mêlant technique et assurance s’inscrivent dans la perspective d’une réduction globale de la consommation des intrants dans l’agriculture.

Geoffroy Enjolras (Univ. Grenoble Alpes, FRE 3748 CERAG, IAE, F-38040 Grenoble, France) ist vom 14.-16. März 2016 Gast in unserer Gruppe und trägt am 14. März einen Teil seiner Forschung in diesem Bereich vor. Mehr Informationen: http://www.aecp.ethz.ch/news-and-events.html

 

Références

Aubert, M., et Enjolras, G. (2014), „The Determinants of Chemical Input Use in Agriculture: A Dynamic Analysis of the Wine Grape–Growing Sector in France“, Journal of Wine Economics, Vol. 9, N°1, pp. 75-99.

Aubert, M., et Enjolras, G. (2014), „Between the approved and the actual dose. A diagnosis of pesticide overdosing in French vineyards“, Review of Agricultural and Environmental Studies, Vol. 95, N°3, pp. 327-350

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