Nicolas Alou , Sergei Schaub, Matthias Suter, Andreas Lüscher, Robert Finger*
(deutsche Version: https://www.agrarforschungschweiz.ch/2026/03/pflanzendiversitaet-auf-wiesen-hilft-bei-erhoehtem-trockenheitsrisiko/)
La diversification des espèces végétales dans les prairies peut agir comme une assurance naturelle en réduisant la variabilité de production. Cette réduction se maintient aussi lorsque le risque de sécheresse est plus élevé.
Les prairies et pâturages, qui couvrent plus de 60 % des terres agricoles mondiales, jouent un rôle crucial pour la production de fourrage mais sont fortement exposées aux risques climatiques. Face à ces risques, dont la sécheresse est l’un des plus critiques, les agriculteurs peuvent renforcer la résilience de leurs exploitations grâce à des approches d’«assurance naturelle» basées sur la diversité végétale. Celles-ci permettent non seulement de stabiliser les rendements, mais aussi de générer des bénéfices environnementaux supplémentaires.
Une approche économique de la diversité comme assurance naturelle
Une étude menée par l’ETH Zürich et Agroscope (Alou et al. 2026) a adopté une approche économique de la diversité végétale en la considérant comme un portefeuille d’actifs réduisant la variabilité de la production et lui conférant donc une «valeur d’assurance». L’analyse combine un cadre théorique et une modélisation empirique fondée sur des données de prairies expérimentales en Suisse, composées d’espèces à haute productivité couramment utilisées dans les prairies gérées de manière intensive. L’étude identifie deux mécanismes stabilisateurs, un «effet écologique» et un «effet statistique», et met en évidence le rôle de l’asynchronisme entre les espèces qui reflète la complémentarité temporelle entre les espèces.
La diversité végétale réduit les risques en raison d’un effet statistique
Les résultats montrent que la diversité végétale tend à réduire la variance des rendements, confirmant ainsi son rôle de stabilisateur de la production. Cependant, l’étude met en évidence une augmentation du risque de pertes extrêmes dans les systèmes plus diversifiés («skewness» plus négative). Malgré cela, le bilan global reste positif: la valeur assurantielle de la diversité est significative et se maintient même lorsque le risque de sécheresse augmente.
L’analyse révèle également que l’effet statistique joue un rôle plus important que les interactions écologiques directes entre espèces dans la création de cette valeur assurantielle. Autrement dit, c’est la diversification en soi, le fait de combiner des espèces aux comportements différents, qui contribue le plus à la stabilité économique des prairies.
Une perspective intégrée pour la gestion durable des prairies
Ces résultats confirment que la diversité végétale peut constituer un instrument de gestion du risque. L’étude met en lumière le potentiel de cette stratégie pour renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux sécheresses, un enjeu majeur dans le contexte du changement climatique.
Pour les décideurs publics, ces conclusions sont aussi pertinentes: elles suggèrent que la promotion de prairies intensives plus diversifiées pourrait être intégrée aux politiques agricoles et climatiques, non seulement pour des raisons environnementales, mais aussi comme outil économique de stabilisation.
Conclusions
- La diversité des espèces végétales dans les prairies gérées de manière intensive peut agir comme une assurance naturelle, réduisant la variabilité de production et offrant une valeur économique mesurable.
- L’effet d’assurance est principalement dû à un effet statistique plutôt qu’aux interactions écologiques entre espèces.
- Même dans des conditions où le risque de sécheresse est plus élevé, la valeur assurantielle de la diversité reste positive.
- Ces résultats plaident pour une reconnaissance accrue de la diversité végétale dans les politiques agricoles et climatiques en tant que levier de résilience économique et environnementale.
Etude : Alou, N., Schaub, S., Suter, M., Lüscher, A., & Finger, R. (2026). Plant diversity to cope with increased drought risk in grasslands. Ecological Economics, 241, 108852. https://doi.org/10.1016/j.ecolecon.2025.108852 (Open Access)
* Auteurs: Nicolas Alou (ETH Zürich) , Sergei Schaub, Matthias Suter, Andreas Lüscher, (Agroscope), Robert Finger (ETH Zürich). Contact : nalou@ethz.ch
Voici la version allemande e anglais https://www.agrarforschungschweiz.ch/2026/03/pflanzendiversitaet-auf-wiesen-hilft-bei-erhoehtem-trockenheitsrisiko/