L’impact économique de Drosophila suzukii en Suisse: les coûts et les pertes de revenus perçus des producteurs suisses de cerises, de prunes et de raisins

Ladina Knapp, Dominique Mazzi, Robert Finger*.

La drosophile du cerisier, Drosophila suzukii, est une menace majeure pour la production horticole. Le ravageur a progressé rapidement depuis qu’il s’est propagé de son habitat naturel en Asie du Sud-Est vers les États-Unis et l’Europe à la fin des années 2000 (Asplen et al. 2015) et 2011 dans la Suisse (Mazzi et al., 2017). Contrairement aux autres espèces de drosophiles, D. suzukii peut percer la peau des fruits intacts pour déposer ses œufs dans les fruits mûrs ou en cours de maturation (Walsh et al., 2011). La D. suzukii  peut entraîner des dommages importants dans la production horticole et nécessite la mise en œuvre de mesures de gestion coûteuses. Plusieurs mesures de prévention et de contrôle contre la D. suzukii sont utilisées (Mazzi et al., 2017, Knapp et al., 2019).

Au sein d’un article (Knapp et al. 2020**) publié récemment dans le journal Pest Management Science, les coûts et les pertes de revenus dus à D. suzukii tels qu’ils sont perçus par les producteurs suisses de cerises, de prunes et de raisins sont présentés. En outre, les associations entre les caractéristiques des exploitations et des producteurs et les augmentations de coûts et les pertes de revenus perçues sont prises en compte.

L’analyse est basée sur une enquête menée à plusieurs reprises au cours de la période 2016-2018 auprès de 1 572 producteurs suisses de cerises, de prunes et de raisins. L’analyse tient compte des différences temporelles et spatiales, par exemple en raison des différences dans la pression exercée par le ravageur, ainsi que de l’hétérogénéité des structures agricoles et des caractéristiques des producteurs, notamment en ce qui concerne les perceptions et les préférences subjectives. L’infestation des cultures a été mesurée à l’échelle des variétés et représente un taux d’infestation subjectif, basé sur la propre évaluation des producteurs.

Un total de 63 variétés ont été prises en compte (20 pour les cerises, 13 pour les prunes et 30 pour les raisins).

Nos résultats indiquent que pour les cerises, les prunes et les raisins, moins de 30 % de la surface cultivée étaient infestés dans les trois années considérées. La majorité des producteurs estiment que ces pertes sont faibles, généralement inférieure à 5% de leurs revenus. Toutefois, un petit pourcentage de producteurs de cerises et de raisins prévoient des pertes de revenus élevées, supérieures à 30 %. Par contre, les résultats montrent que 76% des producteurs de cerises, de prunes et de raisins ont dû faire face à des coûts supplémentaires à cause de D. suzukii. Ces coûts supplémentaires pour la prévention et le contrôle du D. suzukii peuvent être élevés (Figure 1). La perception des coûts et des pertes de revenus est très hétérogène et varie selon les cultures, les variétés, les années et les exploitations. Les plus grandes exploitations sont confrontées à des coûts supplémentaires perçus moins élevés, ce qui suggère des effets d’échelle dans la prévention et le contrôle du D. suzukii. Les producteurs ayant une plus grande diversité inter-variétale perçoivent des coûts supplémentaires plus élevés. En outre, l’agriculture biologique était associée de manière négative aux coûts supplémentaires attendus.

Figure 1 : Coûts supplémentaires perçus dus à D. suzukii par culture (Année 2017-2018)

Les résultats suggèrent que l’impact économique des espèces envahissantes telles que D. suzukii va bien au-delà de la réduction de la quantité et de la qualité des rendements et provient plutôt de coûts plus élevés pour les producteurs en raison de la nécessité d’établir des mesures de prévention et de contrôle. L’hétérogénéité révélée des coûts et des pertes de revenus suggère que les mesures politiques de soutien aux producteurs doivent être adaptées aux cultures et aux types d’exploitations. Les politiques de soutien à la recherche visant à améliorer les mesures de lutte contre D. suzukii et d’autres organismes nuisibles exotiques nouvellement apparus et à réduire les coûts supplémentaires, comme des mesures de prévention et de contrôle plus efficaces, méritent d’être encouragées.

Références

Asplen MK, Anfora G, Biondi A, Choi D-S, Chu D, Daane KM, et al., Invasion biology of spotted wing Drosophila (Drosophila suzukii): a global perspective and future priorities.J Pest sci 88 (3):469-94 (2015).

Knapp, L., Mazzi, D., Finger, R. (2019a). Management strategies against Drosophila suzukii: Insights into Swiss grape growers’ choices. Pest Management Science 75(10): 2820-2829 https://doi.org/10.1002/ps.5397

Knapp, L., Bravin, E., Finger, R. (2019b). Data on Swiss Fruit and wine growers‘ management strategies against D. suzukii, risk preference and perception. Data in Brief 24, 103920 https://doi.org/10.1016/j.dib.2019.103920 (open access)

Knapp, L. , Mazzi, D. and Finger, R. (2020), The economic impact of Drosophila suzukii: perceived costs and revenue losses of Swiss cherry, plum and grape growers. Pest Manag Sci (in press). https://doi.org/10.1002/ps.6110 (open access)

Mazzi, D., Bravin, E., Meraner, M., Finger, R. Kuske, S. (2017). Economic Impact of the Introduction and Establishment of Drosophila suzukii on Sweet Cherry Production in Switzerland. Insects 8(1), 18; doi:10.3390/insects8010018 >> (open access)

Walsh DB, Bolda MP, Goodhue RE, Dreves AJ, Lee J, Bruck DJ, et al., Drosophila suzukii (Diptera: Drosophilidae): invasive pest of ripening soft fruit expanding its geographic range and damage potential. J Integr Pest Manag 2(1):G1-G7 (2011).

*Dominique Mazzi est à l’Agroscope, Ladina Knapp & Robert Finger à l’ETH Zurich

** Les données utilisées dans cette étude sont en accès libre en Knapp et al. (2019b)

Cette recherche a été financée par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) par l’intermédiaire du Task Force sur la Drosophila suzukii

Kommentar verfassen

Trage deine Daten unten ein oder klicke ein Icon um dich einzuloggen:

WordPress.com-Logo

Du kommentierst mit Deinem WordPress.com-Konto. Abmelden /  Ändern )

Google Foto

Du kommentierst mit Deinem Google-Konto. Abmelden /  Ändern )

Twitter-Bild

Du kommentierst mit Deinem Twitter-Konto. Abmelden /  Ändern )

Facebook-Foto

Du kommentierst mit Deinem Facebook-Konto. Abmelden /  Ändern )

Verbinde mit %s

About Robert Finger

I am Agricultural Economist and head of the Agricultural Economics and Policy Group at ETH Zurich www.aecp.ethz.ch